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lundi 31 mars 2014

L'été solitaire - Elizabeth Von Arnim

Présentation de l'éditeur :


Début mai, Elizabeth annonce à son mari son intention de rester seule durant l'été "afin de retrouver les racines mêmes de la vie".
Les mois passent et Elizabeth se prélasse dans le calme et la pureté de son jardin, respirant les bonnes odeurs, se délectant de la lecture de ses auteurs fétiches.
Ce roman vous fait ressentir les joies de la nature, les couleurs et les saveurs d'un été passé au jardin.
Dans la vraie vie, Elizabeth est mariée à un aristocrate prussien rencontré en Italie et s'installe avec lui à Berlin. Cinq ans plus tard, le couple emménage à la campagne où la comtesse se découvre une vraie passion pour la vie rurale et le jardin.
Ce roman est la suite de son célèbre roman "Elizabeth et son jardin Allemand"

Mon avis :

Délicieusement désuet,  ce petit roman nous emmène dans le quotidien d'une anglaise mariée à un aristocrate allemand au tout début du 20ème siècle. Cet été solitaire, pour elle, ce n'est pas  se retrouver réellement seule à la campagne, c'est arrêter la vie mondaine et profiter de ses livres et de son jardin. Mode de vie d'une autre époque et d'un milieu qui n'existe plus guère, ce livre est une merveille de délicatesse, décrivant avec  une grande justesse le temps qui s'écoule, les plaisirs de la lecture mêlés à ceux du jardin que l'on essaie de (faire) mettre en forme, qui change selon la lumière, le temps qu'il fait, tout comme l'humeur d’Elizabeth.
Une écriture simple, qui coule, et nous tient de la première à la dernière page. Si le milieu dans lequel  évolue l'auteur  n'existe plus beaucoup, son écriture n'a pas pris une ride et ce qu'elle essaie de nous faire ressentir est intemporel. Un très beau livre à déguster au jardin sur une chaise longue.

lundi 26 novembre 2012

La lettre qui allait changer le destin d' Harold Fry arriva le mardi... Rachel Joyce

Présentation de l'éditeur :


Il était juste parti poster une lettre.
Mais c’est mille kilomètres qu’il va parcourir à pied.
Un roman inoubliable qui a conquis le monde entier.
« Je suis en chemin. attends-moi. Je vais te sauver, tu verras. Je vais marcher, et tu vivras. »
Harold Fry est bouleversé par la lettre qu’il reçoit de Queenie Hennessy, une ancienne amie qui lui annonce qu’elle va mourir.
Alors que sa femme, Maureen, s’affaire à l’étage, indifférente à ce qui peut bien arriver à son mari, Harold quitte la maison pour poster sa réponse. Mais il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter, continue jusqu’au bureau de poste, sort de la ville et part durant quatre-vingt-sept jours, parcourant plus de mille kilomètres à pied, du sud de l’Angleterre à la frontière écossaise.
Car tout ce qu’Harold sait, c’est qu’il doit continuer à marcher.
Pour Queenie.
Pour son épouse Maureen.
Pour son fils David.
Pour nous tous.

Mon avis :

Harold, un retraité anglais, part soudainement pour un "road trip" qui va prendre peu à peu l'aspect d'un véritable pèlerinage. D'une période ou il marche seul, accompagné des soucis physiques de quelqu'un qui n'en a pas l'habitude et ou il va de rencontres en rencontres, il passe au statut de symbole qui rassemble les foules pour revenir à sa solitude et à la difficulté d'aller au bout de sa quête. Pas question d'en dire plus car l'histoire est superbement construite pour nous emmener de surprise  en surprise dans l'explication de ce qui a amené Harold à se lancer dans cette aventure, jusqu'à la révélation finale qui surprend même le lecteur attentif.

Une écriture légère, une histoire superbement bien menée, sourire, émotion, suspens, tous les ingrédients d'un excellent roman qui a l'inconvénient d'être difficile à lâcher et risque de vous faire  veiller tard.

jeudi 26 juillet 2012

Avant d'aller dormir - S.J. Watson

Présentation de l'éditeur :


À la suite d un accident survenu une vingtaine d années plus tôt, Christine est aujourd'hui affectée d un cas très rare d'amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu elle a en fait 47 ans et qu'elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu'elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé... et sur son présent.

Mon avis :

Du vrai suspense !
Le problème de ce roman est qu'on ne peut plus le lâcher une fois commencé, le suspense est mené d'une façon magistrale d'un bout à l'autre.
L'histoire se déroule en trois parties. La première nous fait rencontrer Christine qui se réveille sans le moindre souvenir, la description est très bien faite, c'est là qu'elle (re)découvre et nous aussi le fameux journal qui va tenir une place importante dans la suite du roman. La seconde partie est une relecture de ce journal avec les différentes découvertes et questions qui se posent pour notre héroïne. Et la dernière partie est le dénouement tout à fait inattendu de l'histoire.
Cette histoire repose sur des fondations peu crédibles si on y réfléchit un peu (curieuse sorte d'amnésie, entourage bien peu curieux) mais cela n'a pas d'importance, l'histoire est rondement menée et ce n'est que dans les toutes dernières pages que l'on commence à se douter de ce qui s'est passé réellement.
Une écriture vive et précise, une histoire bien menée, beaucoup de qualités pour un roman à lire d'une seule traite.

mercredi 25 juillet 2012

La vie, l'univers et le reste - Douglas Adams

Le guide galactique, tome 3

Présentation de l'éditeur :

Pourquoi le tristement anonyme Arthur Dent se promène-t-il outrageusement affublé d'un sac en peau de lapin, un os dans le nez, au beau milieu d'une finale de cricket? Et que fait Manin, l'androïde dépressif, à asséner ses considérations suicidaires aux improbables habitants des marécages de Squornshellous Zeta ? Pas de panique ! Car l'inénarrable, l'irremplaçable Guide du voyageur galactique saura une fois encore tirer d'affaire nos malheureux astrostoppeurs égarés; et peut-être, privilège suprême, leur révélera-t-il enfin le Grand Mystère de La Vie, de l'Univers et du Reste! 


Mon avis :

Cette fois, notre équipe d'aventuriers de l'espace a pour mission (qu'elle le veuille ou non) de sauver l'univers des agissements d'un super ordinateur  qui a quelques griefs contre ses occupants. Ils se déplacent cette fois dans un "vaisseau-restaurant-italien" qui fonctionne à l'aide des  interactions qui ont lieu dans la salle de restaurant avec toutes les incertitudes permises par les additions et les interactions entre les clients (robots et créatures variées).
L'imagination est toujours là, la loufoquerie aussi, mais je ne me suis encore pas lassé, j'ai lu cet épisode encore plus vite que les précédents.
Un tout petit bémol toutefois, il est absolument nécessaire  de goûter l'humour anglais pour apprécier et il se trouve que c'est mon cas.
Chapeau M. Douglas !
Chouette, il reste encore deux tomes !

Quelques citations :

D’après mon médecin, je souffre d’une malformation de la glande altruiste assortie d’une déficience de la fibre morale et en conséquence je suis dispensé de sauver les Univers.

Sur une note de restaurant, poursuivait Slartibartfast, le réel et l’irréel entrent en conflit à un niveau tellement fondamental que chacun vient prendre la place de l’autre et que tout devient possible dans les limites de certains paramètres.


mardi 24 juillet 2012

Le dernier restaurant avant la fin du monde - Adams Douglas

Le Guide Galactique Tome 2

Présentation de l'éditeur :

La cuisine anglaise est exécrable. Moins abominable, cependant, que la poésie des Vogons, un peuple fier, ombrageux, et éminemment irritable. D'ailleurs, les Vogons ont fait sauter la planète Terre, soi-disant par erreur. Pas de panique ! Grâce au fabuleux Guide du voyageur galactique, le pauvre Arthur Dent, ex-citoyen britannique désormais apatride et passablement désemparé devant tant d'inconvenance, pourra affronter sans crainte les improbables méandres d'un univers en folie. Rien ne l'empêchera, pas même un ascenseur dépressif, d'arriver à temps pour déguster le Plat du jour au Dernier Restaurant avant la Fin du Monde.

Mon avis : 
 
Nous retrouvons les personnages du "guide du routard galactique" à la recherche de l'homme qui dirige l'univers. Leur errance les emmènent à travers l'espace-temps, ce qui donne l'occasion à Adam Douglas de nous imaginer quelques hypothèses croustillantes pour répondre à quelques questions fondamentales. Mais  y aura-t-il LA réponse à LA question ? Dois-je le révéler ?
En fait, cela n'a pas d'importance, c'est vraiment l'imagination débordante de l'auteur qui est réjouissante. Ceci dit, je ne vous donnerai pas la réponse lisez le !
Plus j'avance dans cette série, plus je suis curieux de voir ce que donne le film qui en a été tiré … peut être après avoir terminé la série !


Quelques extraits :

lorsque les rédacteurs du Guide avaient été poursuivis par les familles de ceux qui étaient morts pour avoir pris à la lettre l’article sur la planète Tron (dont le libellé était : « Le Hanneton glouton de Tron fait le régal des touristes de passage » quand il fallait lire : « Le Hanneton glouton de Tron fait son régal des touristes de passage »), ils avaient argué que la première version de cette phrase leur paraissait esthétiquement plus plaisante, et cité donc en conséquence un poète qualifié pour qu’il vienne témoigner sous serment que la beauté était la vérité et la vérité la beauté, espérant par là même prouver qu’en l’espèce, le véritable coupable était la Vie elle-même, pour avoir failli à se montrer à la fois belle et vraie. Les juges soutinrent ce point de vue et, dans un poignant discours, accusèrent la Vie elle-même d’outrage à la Cour.

— Je venais tout juste de me matérialiser à la terrasse d’un de vos cafés à la suite d’une dispute avec le spectre de mon arrière-grand-père. À peine étais-je arrivé que mon ancien moi (celui-là même qui m’avait opéré le cerveau) jaillit sous mon crâne en disant : « Va voir Zarniwoop. »

Fort naturellement, bien des ascenseurs, devenus imbus de leur intelligence et de leur prescience, en venaient à ressentir quelque trouble frustration à passer stupidement leur temps à monter et descendre, monter et descendre et d’aucuns, après avoir caressé le fugace désir de glisser latéralement, en manière de révolte existentielle, exigeaient d’être partie prenante dans le processus de décision et finissaient par aller occuper les sous-sols. Pour y bouder.

Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde représente l’un des plus extraordinaires défis de toute l’histoire de la restauration. Il a été bâti sur les débris épars de… ou plutôt : il sera bâti sur les débris… enfin, c’est-à-dire qu’à cette époque, il aura été bâti… disons plutôt qu’il a été effectivement bâti.

Devenir son propre père ou mère ne soulève normalement pas de difficultés que ne puisse surmonter une famille équilibrée et large d’esprit. Changer le cours de l’histoire n’engendre pas non plus de problèmes particuliers : le cours de l’histoire demeure immuable parce qu’il se remet en place de lui-même comme un puzzle. Tous les changements importants se sont produits préalablement aux événements qu’ils sont censés changer et tout finit donc par s’arranger au bout du compte.

Les inconvénients engendrés par l’extraction de quantités de pâte collante et noire du sous-sol où elle reposait tranquillement sans gêner personne, aux seules fins de la convertir en goudron pour recouvrir le terrain, le convertir en fumée pour emplir l’air et finalement déverser le reste dans l’océan, semblaient de loin dépasser l’avantage de pouvoir se rendre plus rapidement d’un point à un autre, surtout lorsque (conséquence prévisible de cet état de choses) votre point d’arrivée était devenu fort semblable à celui de départ, c’est-à-dire : recouvert de goudron, rempli de fumée, et cruellement dépourvu de poisson. Et les faisceaux de transfert de matière, dans tout ça ? Avec un moyen de transport exigeant de vous démonter atome par atome pour les propulser à travers le sub-éther avant de les recoller ensemble alors qu’ils viennent tout juste d’avoir leur premier avant-goût de la liberté depuis des lustres, on ne pouvait que s’attendre au pire.

En résumé, il est un fait patent, que ceux-là mêmes qui ont le plus envie de gouverner les gens sont, ipso facto, les moins aptes à le faire. Pour résumer le résumé : quiconque est capable de parvenir à se faire élire président ne devrait à aucun prix être laissé libre d’exercer cette fonction. Pour résumer le résumé du résumé : les gens sont un vrai souci.

Cherchant une fois encore à refermer la mâchoire, le cerveau perdit les commandes de la main gauche qui se mit dès lors à divaguer sans but. L’espace d’une seconde, le cerveau essaya de rattraper la main gauche sans pour autant abandonner la bouche tout en essayant simultanément de réfléchir à ce qui était enseveli dans la glace – raison sans doute pour laquelle les jambes se dérobèrent sous Arthur qui s’effondra donc paisiblement sur le sol.


mardi 10 juillet 2012

Le guide du voyageur galactique - Adams Douglas

Présentation de l'éditeur :


Comment garder tout son flegme quand on apprend dans la même journée : que sa maison va être abattue dans la minute pour laisser place à une déviation d'autoroute ; que la Terre va être détruite d'ici deux minutes, se trouvant, coïncidence malheureuse, sur le tracé d'une future voie express intergalactique ; que son meilleur ami, certes délicieusement décalé, est en fait un astrostoppeur natif de Bételgeuse, et s'apprête à vous entraîner aux confins de la galaxie ? Pas de panique ! Car Arthur Dent, un Anglais extraordinairement moyen, pourra compter sur le fabuleux Guide du voyageur galactique pour l'accompagner dans ses extraordinaires dérapages spatiaux moyennement contrôlés.

Mon avis :

Un roman de science fiction dans lequel on apprend que la terre ne serait qu'un super ordinateur construit pour répondre à quelques question essentielles pour la galaxie, si  on ajoute que ceux qui surveillent le fonctionnement de cette super-machine sont des souris blanches un peu caractérielles, l'épopée galactique de notre groupe de héros peut sembler du coup parfaitement normale. Deux terriens, un astrostoppeur, un président de la fédération galactique, un robot dépressif vont peu à peu se retrouver pour un voyage loufoque aux péripéties improbables mais réjouissantes. Le guide du voyageur galactique nous donne de temps en temps les explications nécessaires à suivre (pas forcément à comprendre) les différentes aventures de nos héros.
Une écriture pleine de jeux de mots et de loufoquerie, un humour souvent décalé pour une histoire  à laquelle on se laisse prendre et que l'on ne peut plus lâcher. Réjouissant ! Et il y a plusieurs tomes !

Quelques extraits :

Les déviations sont ces dispositifs permettant à certaines personnes de se précipiter à fond de train du point A au point B tandis que d’autres personnes en font de même mais du point B au point A. Les gens qui vivent au point C, exactement situé à mi-chemin, ont souvent tendance à se demander ce qu’a de particulier le point A pour que tant de gens du point B aient envie de s’y rendre et ce qu’a de particulier le point B pour que tant de gens du point A aient envie de s’y rendre. Bien souvent ils préféreraient que les gens décident une bonne fois pour toutes où diable ils ont envie de se fixer.

L’une des choses que Ford avait toujours eu le plus de mal à comprendre chez les humains était leur manie de perpétuellement dire et répéter les plus plates évidences, genre : « Quelle belle journée » ou : « Comme vous êtes grand » ou bien : « Chéri, j’ai l’impression que tu es tombé au fond d’un puits de dix mètres, est-ce que ça va ? »

mercredi 30 mai 2012

Middlemarch, George Eliot

Présentation de l'éditeur :

Middlemarch (1871-1872) est sans doute le plus beau roman de George Eliot, en tout cas son roman le plus complet (le sixième sur sept). Deux intrigues sentimentales principales, l'histoire des deux mariages de Dorothea et le mariage malheureux de Lydgate, jeune médecin ambitieux, avec la vulgaire Rosamond Vincy, se détachent sur un fond foisonnant de personnages et d'événements, d'épisodes intéressants, amusants, émouvants. Un des charmes de George Eliot est dans cette surabondance de détails. Nous avons fait figurer en préface un beau texte de Virginia Woolf sur George Eliot : " L'issue fut triomphale pour elle, quel qu'ait pu être le destin de ses créatures ; et quand nous nous rappelons tout ce qu'elle a osé, tout ce qu'elle a accompli, la façon dont, malgré tous les obstacles qui jouaient contre elle (le sexe, la santé, les conventions), elle a cherché toujours plus de savoir, toujours plus de liberté jusqu'au jour où le corps, accablé par son double fardeau, s'effondra, épuisé, nous devons poser sur sa tombe toutes les brassées de lauriers et de roses que nous possédons. " 

Mon avis :
 L'intrigue de Middlemarch tourne autour de différents mariages.Celui de Dorothéa avec M. Casaubon puis le  long suspense de son second mariage, celui de Lydgate, le médecin ambitieux avec Rosamond Vincy et celui de Mary Garth  avec Fred Vincy, sans oublier les mariages déjà installés qui interviennent dans l'histoire.
Nous sommes donc avant, pendant, après différents mariages, tous ayant des liens entre eux. George Eliot nous brosse sur cette trame un magnifique portrait de la campagne anglaise, une chronique très large d'une communauté dans tous ses travers.
Ecrit au 19ème siècle sur des personnages et des évènements de ce même siècle, ce roman n'a pas pris une ride, la langue utilisée est très moderne et malgré sa longueur, se lit très facilement. La traduction de Sylvère Monod est remarquable.
Je conseille de lire la préface qu'a écrite Virgina Woolf seulement après avoir fini le roman, surtout si c'est le premier de George Eliot que vous lisez.

 Quelques extraits :
Mon père ne changeait jamais d'avis, et il faisait de simples sermons moraux sans arguments, et c'était un homme droit - le plus droit du monde. Quand vous me trouverez un homme droit fait d'arguments, je vous confectionnerai un bon dîner rien qu'en vous lisant le livre de cuisine. Telle est mon opinion, et je crois que tous les estomacs la confirmeront
 
Certes, de telles comparaisons risquent d'être trompeuses, car nul homme n'était plus incapable de brillante affectation que M. Casaubon ; il avait un caractère aussi authentique que n'importe quel ruminant, et il n'avait pas contribué à faire naître des illusions sur son propre compte. Comment se faisait-il qu'au cours des semaines écoulées depuis son mariage Dorothea eût, non pas discerné clairement, mais senti avec un abattement étouffant, que les vastes perspectives et l'abondance d'air frais qu'elle avait rêvé de trouver dans l'esprit de son mari eussent été remplacées par des antichambres et des couloirs tortueux qui ne menaient nulle part ? Je suppose que c'est parce que pendant les fiançailles tout est considéré comme provisoire et préliminaire, et que le plus modeste échantillon de vertu ou de talent est censé garantir l'existence de précieuses réserves que feront découvrir les amples loisirs du mariage. Mais une fois franchi le seuil du mariage, l'attente se concentre sur le présent. Quand on est embarqué pour le voyage conjugal, il est difficile de ne pas se rendre compte qu'on avance pas et que la mer n'est pas en vue - bref, qu'on est en train d'explorer un bassin fermé.

Chez Will existait bien l'intention de toujours se montrer généreux, mais notre langue agit comme une petite gâchette qui se trouve généralement libérée avant que ne puissent intervenir nos intentions permanentes.

Ces boissons renferment la vérité dans la mesure où elles ne mentaient pas au point de faire apparaître gai le pauvre Dagley ; elles rendaient  son mécontentement moins taciturne que d'habitude. Il avait aussi absorbé une trop forte dose de conversation politique vaseuse, tonique dangereusement perturbant pour son conservatisme rustique, qui consistait à estimer que tout ce qui existe est mauvais et que tout changement risque de faire empirer les choses.

- Fort bien monsieur le docteur Triste-Figure, dit Rosy, dont les fossettes se creusèrent. Je proclamerai désormais que je raffole des squelettes, des voleurs de cadavres, des fragments de corps dans des flacons, et des disputes avec tout le monde, qui aboutissent à vous faire mourir misérablement. 
- Non, non, ce n'est pas si terrible que ça, dit Lydgate, qui renonça à protester et se mit à câliner sa femme avec résignation.